
Dans la chaleur moussue d’une averse d’été
Fracassée sur le sol en moires étoilées,
Un infirme allait. Balbutiante créature
Oubliée des espaces et des hautes mâtures.
Lui, que les marins saouls agrippés au vieux port
Surnommaient « Jambe à bâbord, béquille à tribord ».
La cruauté des hommes est cruelle en ceci
Qu’en sotte compagnie, elle prospère et grandit.
Son unique pied, cet élégiaque incomplet,
Il manqua bien de le poser sur son reflet
Capturé par une flaque d’eau moribonde
S’évaporant un peu plus à chaque seconde.
Car l’air avait recouvré sa beauté sereine,
L’orage porté ailleurs le fiel de sa haine
Et abandonné là sa fille, flache éphémère
Á son destin de larme séchée et amère.
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Je promets à toi la mer pour l’éternité
Et une grâce inconnue de ton corps honteux
Si ta main sans joie m’évite un sort malheureux.
Je connais ton rêve. Le nuage d’où je viens
Est celui que tu contemples dans le lointain
Quand les marées d’équinoxe emplissent tes yeux
D’un regard possédé par d’impossibles vœux.
Le solitaire, curieux de cet enchantement
Souleva avec la tendresse d’un amant
La frémissante mare du glacial pavé.
Puis, de la pointe insolente d’une jetée
Adressa au souffle du large son trésor.
Il glissa comme d’automne les feuilles d’or
Sur l’onde paisible de l’océan dormant.
Grandeur adoptive des étoiles du vent.
La flaque et son reflet, fondus, inséparables
S’accaparèrent sans bruit le refuge instable.
Image infirme qui aux vagues fut donnée,
Tu vivras à jamais sur les flots envoûtés.
Septembre 2003

