ACTE I

 

 

Scène 1

René de Fiermont fait irruption dans la bibliothèque. Il laisse éclater sa colère devant sa femme Louise: il a découvert en effet un recueil de poésies écrit par leur fils Ferdinand (surnommé Axxe) qui a décidément peu de choses en commun avec son industriel de père. Bernard, un collaborateur de René, fait lui, une entrée discrète et, pendant que René s’absente, la conversation avec Louise se fait d’autant plus intime que l’allusion à la poésie réveille le souvenir d’une passion qui les a unis dans le passé.

 

 

Scène 2

Dans son usine, René, infatué, jubile de fierté et fait valoir son autorité auprès de Bernard et d’Axxe. Il entraîne ses ouvriers dans un “Chant de la chaîne” qu’il a écrit pour rythmer le travail. Puis, tandis que les machines s’arrêtent, car arrive la fin de la journée, René et Axxe peuvent dialoguer: c’est la seule fois dans l’ouvrage. Le père, self-made-man, ne comprend pas les valeurs plutôt abstraites de son fils, mais lui demande de lire un poème extrait du recueil découvert. Axxe choisit “LePrintemps trop tard” qui en fait avait été écrit il y a longtemps par Bernard à l’intention de Louise.

 

Scène 3

Nous sommes dans la bibliothèque. Les domestiques s’affairent pour l’accueil du docteur Fournier, responsable d’un maison psychiatrique: la “Maison des cris”. Axxe entre au moment où les domestiques se taquinent et il se prête à une parodie improvisée dans laquelle il joue le rôle de Saint-Louis rendant la justice. L’arrivée du syndicaliste Moussier nous fait quitter ce Moyen-Age: Axxe, prévenant sa demande, refuse par honnêteté envers sa famille de s’opposer au capitalisme paternel. Fournier, caché derrière la porte entrebâillée, n’a rien perdu du dialogue.

Scène 4

Nous suivons alternativement deux discussions; celle de Fournier avec les de Fiermont dans la bibliothèque et celle d’Axxe avec Bernard dans le parc. Axxe et Bernard apprennent à se connaître et Axxe, inquisiteur, finit par deviner la passion qui a lié sa mère et Bernard; celui-ci, d’abord indigné par l’insistance d’Axxe, raconte finalement cette histoire d’amour qui s’acheva avec le pragmatisme de Louise lorsqu’elle choisit René. Axxe, le fruit de ce marché de dupes, est néanmoins une consolation pour Bernard. Dans la bibliothèque, les propos de Fournier nous révèle sa perversité: d’abord il est prêt à accueillir tout personne embarrassante à la “Maison des cris”; puis, tandis que René doute ouvertement d’avoir pu engendrer un poète, Fournier envenime sa colère à l’égard de son fils en lui faisant croire qu’il l’a vu passer des accords avec le syndicaliste. Le chef d’entreprise joue la victime menacée par un scandale sur sa vie conjugale et par la supposée opposition syndicale de son fils. Il feint la colère afin d’obtenir une coopération efficace de Louise en vue de l’élimination de Bernard et d’Axxe.

 

 

Scène 5

Dans le parc, commence la fête organisée par les de Fiermont. Les soeurs jumelles, Caroline et Catherine Janvier, racontent, comme hallucinées, un rêve qu’elles ont fait en commun. Après le départ des jumelles, Louise donne un citron vert à Axxe pour qu’il prépare un thé à Bernard qu’elle entraîne pendant ce temps dans une valse. Axxe apporte le thé à Bernard et tandis que Louise disparaît, il lui demande d’où vient son goût pour le thé au citron vert. Bernard lui parle alors du séjour qu’il a effectué en Chine avec les de Fiermont, quelques mois avant la naissance d’Axxe. Celui-ci, plein d’espoir, saisit l’hypothèse que Bernard pourrait être son père, il s’emporte, il veut savoir, mais Bernard est en train de suffoquer; il s’écroule. Mort.

 

 

 

 

 

ACTE II

 

Scène 1

Axxe, accusé du meurtre de Bernard, reçoit dans le parloir la visite du docteur Fournier qui se targue de pouvoir sauver sa tête en faisant passer son présumé crime pour un acte de démence. Puis, l’avocate d’Axxe, Claire de Carat, l’accable d’un discours en langue de bois et fallacieusement moralisateur, sans chercher à l’entendre.

 

 

Scène 2

Nous assistons à un procès bien étrange, dramatiquement surréaliste qui expédie Axxe en hôpital psychiatrique.

 

 

Scène 3

Après deux ans passés à la “Maison des cris”, Axxe a l’heureuse surprise de recevoir une lettre de sa mère, mais à la lecture, la désinvolture de Louise n’apparaît que davantage. Fournier achève de le briser en essayant de le conditionner jusque dans son langage - au moyen de la matraque-. Gisant sur le sol de la prison, la liberté n’est plus pour Axxe qu’une réflexion poétique sur l’ombre des barreaux qui passe sur le mur de la cellule.

 

 

Scène 4

Dans son demi-sommeil, Prêchi-Prêcha, démarcheur fantôme, apparaît à Axxe. Entretemps, un homme de main de la “Maison des cris” venu chercher la lettre, s’emporte dans un chant fanatique. Prêchi-Prêcha veut aider Axxe à préparer l’autre vie en lui proposant le catalogue

des dogmes religieux - au moins à titre d’information - mais Axxe n’espère pas plus qu’une petite place dans la mémoire des hommes; c’est son au-delà à lui. Plein de ressources, Prêchi-Prêcha espère alors lui faire choisir une pensée politique.

 

 

Scène 5

Axxe semble avoir perdu la raison; il quitte son corps et se positionne les pieds en l’air. L’envers est libre mais n’arrive pas à se faire entendre de son endroit. Lassé, il préfère s’envoler - ou plutôt sombrer dans l’inconscient - . Prêchi-Prêcha et un infirmier viennent le chercher afin de l’ “emmener au trépas”.

 

 

Scène 6

Dans un état comateux, Axxe se désincarne et perd jusqu’à son identité sexuelle (c’est alors un contre-ténor qui joue le rôle d’Axxe). Il est conduit par Prêchi-Prêcha et l’infirmier - aux caractères d’ange désormais - le long d’un couloir où le temps n’existe plus. Ceux-ci donnent à Axxe la possibilité de lire un chapitre du livre de sa vie. Espérant encore se réconcilier avec son passé, il choisit le chapitre de sa conception; mais il apparaît alors que René est véritablement son père. Cette confirmation a raison de ses dernières résistances.

 

 

Epilogue

Axxe est physiquement mort mais cet épilogue nous rappelle que de ces deux fatalités que sont la naissance et la mort, l’entre-deux, c’est-à-dire l’existence, n’est qu’un long (?) travail de l’imaginaire. Du nôtre et puis de celui des autres. Ceci pendant et après. Cet épilogue est en quelque sorte les derniers mots d’une pensée.

 

L’opéra des fous
Les derniers mots d’une pensée
Argument