
Qui peut me dire où mon ombre s’en est allée
Quand l’eau me l’a ravie et profond emmenée ?
Il est des jours comme hier où l’âme s’ennuie.
Je marchais au bord de l’étang, c’était midi
Le soleil applaudissait d’une clameur vive
Les branches qui s’amusaient de leurs feuilles ivres
Sans se soucier qu’en bas, l’eau sous le linceul vert
Portait tristement le deuil des mortes fougères.
Lentes ruines végétales dont le sursis
Imprégnait l’atmosphère de regrets putrides
Et gémissait à mes narines malmenées
Sa plainte de moribond désillusionné.
Mon ombre et moi mesurions chacun de nos pas
Hasardés dans l’herbe glissante et les rafales.
Sa découpe sombre s’étirait prudemment
Sur le gazon dressé par l’avertissement
Car il n’y a pas de profondeur plus habile
Que celle qui se déguise en onde gracile.
Pourtant moi j’allais d’une insoumise manière.
Mes pieds ricochaient sur le rivage précaire.
L’allure chahutée par un vent insolent
Dont l’humeur joueuse me poussait vers l’étang.
Là, mon inséparable sur un banc prit place.
Surpris, je m’arrêtai, voulu lui faire face.
Mais, au moment où mes genoux fous s’accrochèrent,
Il y eut un étrange désordre dans l’air
Qui m’affola tant qu’elle tendit vers moi le bras
Alors que j’étais entrepris par la bourrasque.
Enfin à l’eau infecte, sans frayeur aucune
J’offrais mon souffle qui abandonnait la lutte.
Puis vis mon ombre glisser du siège de pierre
Et l’étang recouvrer sa majesté sereine.
Juillet 2002

