
Il y a au fond des yeux des femmes violées,
Malheureuses ambitions du sabot et du groin
Déshonorées dans les soues de l’humanité,
De ces regards dépossédés, privés de loin.
Eux, parfois, des autoportraits désabusés
Ornent les orbites inertes, plates, inutiles.
Regards interrogés par le temps arrêté
Stupéfait de l’absence d’une âme, d’un asile.
Alors, quand les brumes assoupies du matin
Gonflées par les silencieux soupirs de la terre
Rôdent sur les labours malmenés et contraints
Ainsi que témoins épris d’injustes misères,
Celui qui de la nature sait les messages
Le vagabond, l’amoureux, le poète aussi
Peut apercevoir entre nimbes et mirages
Glisser ces fantomatiques lueurs flétries.
Lucioles flottant en couples inanimés.
Crêpes et voiles perclus de honte, d’infamie,
Montrant à peine leur vaporeuse arrivée
Dans le songe blafard de la plaine endormie.
Ainsi viennent-
Invoquées par les voix étranges de la terre
Pour emplir de larmes ses douloureux sillons.
Hommes barbares, vous êtes tous fils d’une mère.
Septembre 2003

