
Couverture fiévreuse insinuée de forts miasmes
Volés aux cités douloureuses et moribondes
Que je vois dans le lointain par d’éclatants spasmes
Jetés à mon regard plus inquiet que le monde,
Le ciel rouge montre sa face terrifiante
Á mon cerveau imbibé d’une noire sueur.
Monstrueuse nourrice de pensées hurlantes
Dansant dans mon esprit terrassé par la peur.
Saisi, je clos mes yeux, ces portes impudiques,
Mais, sur moi, béante, la gorge d’un brasier
S’ouvre et abandonne ses fumantes chroniques
Jaillissant ainsi que guirlandes enflammées :
Ce qui dut être un homme, anonyme flambeau
Ne commémorant autre fait que sa torture
Tient encor, dérisoire chauffeur de tombeau
Le volant roussi de ce qui fut sa voiture.
Là, surgit un chien, le feu l’a pris au garrot.
De la bête qui se fuit, toute d’épouvante
Les aboiements atroces, insensés, presque mots,
Criblent de cailloux pointus mon ouïe impuissante.
Il est des sons que ne mérite nulle oreille.
Puis, cette fille, torche tendrement lestée
Par le nourrisson qui dort d’un suspect sommeil.
Elle aussi sera morte avant de s’écraser.
Épuisé, vaincu, vomissant à gros bouillons
Sur l’herbe étonnée pour enfin débarrasser
Ma nauséeuse mémoire de ces visions
Et guérir mon imaginaire empoisonné,
Je prie maintenant pour que les pesants nuages
Ombrant cette vallée de leur ventre étoffé
Comme l’odieux réservoir des tiques sauvages,
Sur moi ne déversent leur pluie ensanglantée.
Vestige chagrineux racontant l’appétit
De ce monstre sans âme ni corps : l’incendie.
Novembre 2003

