ACTE I

 

 

SCENE 1

 

Dans un pays imaginaire à l'aube d'une guerre. Le salon de la Roseraie (qui est une maison close). La ligue de vertus. Madame Rose (tenancière de la Roseraie)

La scène commence par le choeur de la ligue de vertus. Dans un chant énergique: "Nous vous avertissons, Mesdames" Paulette Le Glas et ses consoeurs prophétisent la disparition des maisons closes et de leurs pratiques "honteuses". Madame Rose dans son air "Le talon ne fait pas la grandeur" se moque des fausses valeurs de ses interlocutrices en particulier de madame Le Glas, fière d'être l'épouse de l'inspecteur des impôts. Celle-ci ne sait pas que son mari est le client de la Roseraie auquel Madame Rose fait alors allusion, évoquant même ses jeux pervers. Orchidée intervient et fait déguerpir les vertueuses car c'est l'heure du souper des pensionnaires.

 

SCENE 2

 

C'est le souper des pensionnaires. Il commence par la prière "Que notre appétit qui ce soir nous ré­unit". Durant le repas, il est question de la guerre qui approche, de la visite de la ligue de vertus et d'Iris qui est déjà au travail au premier avec Victor Le Glas et une autre pensionnaire: Mandragore. Tandis qu'une des Fleurs explique à une nouvelle la règle du jeu pervers que Le Glas impose à Iris, on entend la complainte générique "Tangue frêle caravelle", dont la prosodie incertaine nous informe que celui-ci a commencé.

 

SCENE 3

 

Plus tard, dans le salon; des clients affalés dans les fauteuils et divans. Gustave Pouillard, marchand de biens; Gilbert Moriot, clerc de notaire; Maurice Planchot, commissaire de police et plus tard Victor Le Glas. Chacun en compagnie d'une Fleur. Ils discutent et parlent de leur sens du devoir et de leur conduite si une guerre éclatait. Pouillard avec un air "Mes débuts furent difficiles..." exalte sa profession. Puis la conversation dévie sur l'égalité des sexes couronnée par l'intervention de Planchot: "Moi qui ai tout bu" qui nous fait part de sa vision personnelle. Enfin Le Glas apparaît, répandant par ses propos une atmosphère de désillusion générale. Tout à coup, Violette survient et leur apprend que la guerre est déclarée. Moriot prend Le Glas en aparté (il en est secrètement épris) afin de lui proposer de fuir. Il sait que le pays n'a plus de munitions (des pierres pour les lance-pierres), il ne lui reste que la boue. Le Glas refuse et préconise l'usage de la boue puisque les réserves sont importantes.

 

 

 

 

ACTE II

 

 

SCENE 1

 

C'est la guerre. La bataille fait rage à l'extérieur. Iris fait son repassage en chantant un air: "L'homme vient encore de gravir..." qui est un réquisitoire contre toutes les guerres. Un soldat survient; le capitaine Charles de Bonjac. Il annonce la défaite imminente et un armistice probable à Iris qui décide de le cacher car celui-ci pressentant une collaboration du pays avec l'ennemi victorieux préfère s'enfuir afin de poursuivre le combat auprès de ceux qui refuseront de collaborer. Ils tombent passionnément amoureux l'un de l'autre: "L'amour choisit qui lui ressemble". Madame Rose les surprend et promet de les aider.

 

SCENE 2

Quelques jours plus tard, Madame Rose, Mandragore, Iris, Lilas et Orchidée, réunies autour d'une table entament une séance de spiritisme. Mandragore, qui est médium, cherche à entrer en communication avec l’ esprit de façon un peu trop arrosée: "Esprit es-tu là?". A la fin de cette séance, elles entendent un coup sec venant du plafond. Elles paniquent alors qu'en fait c'est le soldat, qui, caché au premier étage, a tiré un coup de lance-pierres en le nettoyant. La séance s'arrête sur un bruit de sonnette cette fois-ci car ce sont les premiers "clients" de la soirée. Le Glas, Pouillard et Planchot entrent et commentent le journal du jour qui donne le signalement d'un soldat en fuite en appelant à la délation. Madame Rose dans un air: "Comme l'insecte..." fustige le principe de la dénonciation et montre aux trois hommes le mépris que ceux-ci lui inspirent.

 

SCENE 3

 

Le lendemain, Madame Rose conseille à Iris et à de Bonjac de fuir ensemble, une nuit, en volant l'automobile de Victor Le Glas. Elle compte sur la bienveillance des  autorités d'occupation qui reconnaîtront la voiture du très respectable inspecteur des impôts. Mais comment y parvenir puisque lorsque celui-ci vient à la Roseraie, il demande Iris dès qu'il entre? Madame Rose a une idée: le soir de la fuite, de Bonjac viendra à la Roseraie sous le déguisement d'un client et choisira Iris le premier; Le Glas, en désespoir de cause, prendra une autre fille, et pendant ce temps, Iris et de Bonjac mettront leur plan à exécution. Soudain quelqu'un sonne. Madame Rose ayant demandé de n'ouvrir à personne on entend une Fleur tenter d'éconduire Paulette Le Glas qui fait cependant irruption dans le salon - elle a malheureusement le temps, d'apercevoir de Bonjac s'esquiver -. Elle désire absolument parler à Madame Rose: "Ah comme nous sommes naïves...". Ayant appris par un corbeau les fréquentes visites de son mari à la Roseraie, elle compte exploiter la situation afin d'obtenir un divorce avantageux et supplie Madame Rose de l'aider à surprendre Le Glas en ces lieux. Madame Rose lui fait savoir son opinion sur la condition des maris: "Ce sont les hommes qui sont niais" mais accepte néanmoins. Elle propose à Paulette Le Glas de venir déguisée un certain soir, sous l'apparence d'une pensionnaire, et ainsi elle parviendra à ses fins. Elle sera Nénuphar, la nouvelle venue de province. L'autre accepte.

 

 

 

 

 

ACTE  III

 

 

 

SCENE

 

C'est le fameux soir. Toutes les Fleurs sont là, dont une nouvelle: Nénuphar, qui est Paulette Le Glas. Les clients sont installés, sauf Le Glas qui n'est pas encore arrivé, et comme convenu, de Bonjac est présent, seul dans un coin, ayant pris le pseudonyme de John Dupondupré, psychanalyste, étranger de passage. La soirée débute comme de coutume. Avec cependant un interêt particulier de Moriot pour de Bonjac qu’il rejoint dans son coin, imité sans tarder par Pouillard et Planchot. Le Glas arrive mais de Bonjac demande Iris avant lui. Le Glas, furieux "Pourquoi les femmes ne m'aiment-elles pas" se reporte sur Nénuphar (Paulette Le Glas) qui l'intrigue, et à qui il pose des questions insidieuses.

Tout à coup, des officiers et soldats de l'armée d'occupation investissent l'endroit; un corbeau les ayant prévenus que le soldat recherché se cachait ici. La perquisition commence par un contrôle d'identité orchestré par l'officier: le commandant Bourrha "Papiers, je vous prie". De Bonjac, n'ayant vraisemblablement pas de faux papiers, s'affole et tente de fuir. Iris veut le suivre, mais tous les deux sont abattus. Les soldats partent en emmenant les corps. L'inspecteur des impôts, que cette scène n'a nullement perturbé, désire monter au premier étage pour sa séance habituelle. Il choisit comme de coutume Mandragore et puis cette fois la nouvelle venue, Nénuphar. Celle-ci, paniquée, refuse de monter mais craignant de se démasquer et d'être ainsi déshonorée, accepte finalement. Pendant que Le Glas, Nénuphar et Mandragore sont au premier étage, Madame Rose réfléchit sur l'identité du corbeau qui a envoyé la lettre dénonçant de Bonjac, et en vient à la conclusion que ce ne pouvait être que Paulette Le Glas puisqu'elle avait eu le temps  d'apercevoir celui-ci lors de sa visite, et que de plus, Iris était la seule avec Madame Rose à le savoir en ces lieux. Tout à coup, on entend un remue-ménage; Mandragore surgit et leur apprend que Nénuphar est tombée de la chaise. Elle est morte, pendue.

 

EPILOGUE

La guerre est finie. La Roseraie a été fermée après le drame. Dix ans ont passé. Madame Rose a tenu à réunir quelques anciens clients: Victor Le Glas et Maurice Planchot qu'elle reçoit en compagnie de Mandragore. Les deux femmes essaient par un simulacre de séance de spiritisme de confondre Le Glas, car elles sont persuadées qu'il savait que c'était à sa femme qu'il ordonnait de jouer le rôle d'Iris, la mettant sciemment en danger. La manoeuvre échoue et la séance se termine sous les railleries de Planchot et de Le Glas. Subitement, alors que ceux-ci décident de partir, une véritable(!) manifestation d'esprits extrêmement violente survient qui aura pour aboutissement la mort de Victor Le Glas.

Les fleurs 
et la boue
Drame lyrique pour adultes
Argument